Les témoignages positifs sur l’IVG : ça existe.

Marre des témoignages terrifiants que l’on peut trouver sur internet, ils ne reflètent pas tous systématiquement la seule issue et l’unique vérité ! Un avortement peut bien se passer, et on peut tout à fait très bien s’en remettre. Nous n’avons pas à culpabiliser d’aller bien, de ne pas regretter notre acte, et de dire qu’on s’en sort.

« Holala…. T’es sûre que ça va ? Ca doit être horrible. Psychologiquement, tu t’en sors ? Tu ne regrettes pas ? » – « Euh, bah, non non, moi je vais très bien. »

Au moment de mon avortement, je me suis renseignée sur internet (chose à ne pas faire, ok, mais on le fait tous au final) et je n’ai trouvé que des témoignages négatifs. C’est normal me diriez-vous, qui va aller écrire sur un forum qu’il va bien ? Les témoignages positifs se font rares, et pourtant, tout se passe bien dans la majorité des cas malgré ce qu’on peut en dire.
Je souhaite ici, rassurer les potentielles personnes qui tomberaient sur mon article et qui font le choix d’avorter : J’ai avorté chez mon copain, alors que ses parents étaient dans le même maison, sans qu’ils le sachent et ça s’est parfaitement bien passé. Pour moi qui m’imaginais le pire, j’ai été surprise de bien le vivre et de n’avoir aucune répercussion psychologique. Finalement, c’était surtout les autres le soucis, et l’image que l’on donne à cette décision. Et surtout, de ce terme : « l’avortement » qui fait peur et dont il ne faut pas parler. C’est pourquoi j’en parle aujourd’hui librement, sans gène, ni tabou. Aussi, contrairement à ce que l’on peut penser, pour moi le pire n’était pas l’après, ni le pendant. Le pire, c’était surtout l’avant : la découverte, l’effet de surprise, l’attente interminable, le sentiment d’avoir un être non voulu dans le corps et l’incompréhension.
Attention, je raconte MON expérience et MES ressentis. Ce n’est pas un acte anodin, en aucun cas je ne le minimise ni le banalise.

L’avant : La découverte

Nous sommes fin août/début septembre 2018, j’ai 21 ans, je rentre en Master2. Une semaine après la rentrée, je découvre que je suis enceinte.

A ce moment là, je suis dans les toilettes, détendue et sereine, en attendant la réponse du test : je me dis qu’il sera négatif évidemment. Ce n’est pas le première fois que j’en fais un… Après tout, on est jamais trop prudent. Ils sont très rapides ces petits engins, une minute plus tard je vois une barre s’afficher et une autre barre à peine perceptible à côté. Sur le moment, je ne prête pas attention à la seconde.

Une barre = pas enceinte
Deux barres = enceinte

Une barre, c’est bon non ? Je ne suis pas enceinte. Je me rhabille, mais je rejette quand même un petit coup d’oeil sur le test. Tiens, mais cette autre barre à peine visible, elle peut être considérée comme une « deuxième » vrai barre ? Naaaaan. Ça aurait était bien plus voyant. Il me semble qu’on voit toujours très vite fait cette barre à chaque fois que je fais des tests. Non ?
Parano que je suis (et visiblement j’ai eu raison), je monte dans ma chambre pour lire une énième fois le mode d’emploi. Je ne sais pas quoi penser, c’est vraiment pas clair ces trucs là ! Mais plus je passe mon regard sur le test plus je me dis que si en fait, malgré l’illisibilité, il y a bien deux barres… Je suis bien enceinte. Pour être honnête je ne sais même plus ma réaction sur le moment, d’un côté j’y croyais pas, et d’un autre côté j’étais en panique intérieure, et je pleurais. Ce n’est pas possible, pas moi, ça n’arrive qu’aux autres, puis elles sont même pas bien visibles les deux barres ! J’espère que je suis encore parano pour rien. J’appelle mon copain en pleure, pour le lui dire (tout en sachant pertinemment que si c’était vraiment le cas, l’avortement serait pour nous la seule solution). Je pense que ni lui ni moi ne nous rendions compte de la situation à ce moment là, c’est pas possible en même temps. Qui peut y croire ?
Je ne sais pas quoi faire, en même temps, je ne peux rien faire : il est 21h. Donc, à part aller dormir, c’est pas maintenant que je vais trouver une solution ! Je le dis à des amis, ils me croient et me rassurent. Mais au moment où j’envoie la photo du test… « Mouais. » (C’est vraiment pas clair ces tests. On ne me croit même plus.) Bon, j’ai un autre test, c’est le clear blue digital -> « le seul test qui indique le nombre de semaines » on sera fixé. Et puis, j’ai même pas encore de retard de règles, je dois les avoir dans deux jours, on verra bien. J’en referai un demain matin avant d’aller en cours, aller.

Le lendemain matin :
« Enceinte. 2 semaines« 

Il est 6h00 du matin, je suis seule, dans mes toilettes, tout le monde dort. Et je suis bien enceinte. C’est impossible que je garde cet enfant. Déjà car je n’en ai jamais voulu, et surtout parce qu’aujourd’hui, je n’en veux toujours pas. Je n’ai même pas besoin de réfléchir, depuis des années je le dis. C’est une évidence pour moi. C’est peut-être ça qui a facilité le reste du processus me direz-vous. Certains diront que ma pensée est cruelle, mais non. Je ne me vois pas élever un enfant maintenant. Je suis étudiante, déjà, et puis même, ce n’est pas mon souhait, je ne veux pas lui offrir une mauvaise vie, ni gacher la mienne. C’est mort.
Je suis sûre de mon choix. Bon et maintenant ? Je sais qu’on peut faire un avortement par médicaments. Je suis enceinte de peu de temps, avec un peu de chance je peux avoir l’avortement médicamenteux et non chirurgical. Puis c’est juste une prise de médicaments, ça doit pas être si terrible que ça après tout.

L’avant : Les rendez-vous

7h00 : Je suis trop chamboulée, je sors de chez moi sinon je vais être en retard en cours. Jusqu’à la dernière minute de mon trajet, je me demanderai si je vais en cours ou non, tout en consultant les horaires des plannings familiaux. Je finirai par ne pas y aller.
Je me rends au planning familial qui ouvre le plus tôt, il est de l’autre côté de Paris, hyper loin de chez moi. Je suis seule, il pleut, je sèche les cours, mon copain ne pouvait pas du tout se libérer, j’essaie d’appeler mes amis, tout le monde dort, il est à peine 8h. Je suis devant le planning, je pleure, et je pense que ce moment était pour moi mille fois plus difficile que l’avortement lui-même. Va savoir pourquoi, je n’arrive pas à rentrer. IMPOSSIBLE. Il aurait fallut que j’explique au corps médical que je suis enceinte ? Pas possible. Surtout qu’à ce moment là, ce deviendrait vraiment réel. Et en plus, dire que je veux avorter, quand bien même je suis décomplexée par rapport à ce sujet, c’est quand même hyper compliqué.
Je n’y arrive pas, VRAIMENT pas. Je me pose sur les marches à côté, en sanglot, les gens passent et me regardent avec peine, une dame me demande si ça va et si elle peut m’aider. Il pleut, je suis trempée, assise parterre sur des marches en pierre. J’ai faillit tout lui dire : que je n’arrivais pas à rentrer, que c’était plus fort que moi, et qu’il fallait qu’elle m’aide à passer cette porte. Mais j’étais tellement mal… Je n’ai pas pu. Après plus d’un quart d’heure, d’un élan de lucidité je me décide à rentrer. J’ai hésité à appeler mes parents à ce moment là. Mais non. D’ailleurs ils ne sauront jamais que j’ai avorté. Bref, dans tous les cas : attendre ou y aller à un autre moment serait pire. J’ouvre la porte, j’arrive à l’accueil et au moment où elle me demande pourquoi je viens, je fond en larmes (encore une fois) et impossible de parler. J’ai eu de la chance, elle a tout de suite compris. En même temps, elle doit en voir passer tous les jours des jeunes femmes comme moi. Elle me dit de prendre mon temps, me propose un verre d’eau, que je lui expliquerai quand je pourrai. Je vais m’asseoir, je me calme, et 5 minutes plus tard je me relève et me redirige vers elle, mais je n’arrive toujours pas à lui expliquer.
Elle sait, elle me dit en chuchotant « Vous êtes enceinte. » je re-fond en larmes en hochant la tête. « ….Et vous ne voulez pas le garder. » je lui fais un signe négatif de la tête. On va dans son bureau. Elle m’explique la procédure, que là, elle ne peut rien faire, que je dois d’abord aller chez un médecin généraliste pour qu’il me fasse une attestation officielle de ma demande, que je fasse une prise de sang, une échographie, que je revienne et blablabla. Elle me demande si je veux que mes parents soient au courant, car je peux mettre une autre adresse pour qu’ils ne reçoivent pas la facture. Elle me renseigne sur les différents types d’avortement :
– Avant 7 semaines : Médicamenteux.
– Jusqu’à 12 semaines : Chirurgie – Aspiration (Oui, aspiration, on vous rentre un petit engin qui aspire le contenu de l’utérus, sous anesthésie générale ou locale selon votre choix).
Attention, il faut bien faire la différence entre les semaines de grossesse, et les semaines d’aménorrhée (absence de règles). Selon les établissements, la façon de faire, chez soi ou en clinique : les dates maximales d’avortement peuvent varier. Lorsque l’on est à 7 semaines d’aménorrhée, on est à 5 semaines de grossesse. C’est-à-dire, 5 semaines depuis l’ovulation (soit 2 semaines après le début du dernier cycle). A ce moment là, j’étais à ma 4/5ième SA.
Elle me questionne sur la méthode que je souhaiterais utiliser, me prévient que tout est 100% remboursé, mais qu’il est possible que j’ai à avancer des frais. A savoir que l’IVG médicamenteuse coûte environ 100/200€, et l’opération 500€. Je choisi l‘IVG médicamenteuse, évidemment. (Ce sera finalement ma gynéco habituelle qui s’occupera de mon IVG, et non ce planning familial). Je sors, je prends tous mes rendez-vous dans la même journée grâce à une application : RDV à 13h30 avec ma sage-femme/gynéco (j’ai de la chance que ma gynéco habituelle soit aussi sage femme et qu’elle fasse des ivg, toutes les gynécos ne le font pas), RDV à 15h pour l’échographie, et à 16h30 pour la prise de sang. J’avais l’habitude des échographies vu que j’en avais fait pour un contrôle avant pose de DIU, donc aucune inquiétude pour tout ça. Je me rends chez ma gynéco, toujours seule, je m’assois.

« Ah ! Vous allez bien ? On va enfin pouvoir vous le poser ce stérilet ! 🙂 »
Je la regarde, je rigole nerveusement et je lui dis « Je suis enceinte. »
– « Oh merde. »
Je me retiens de pleurer.

Elle savait pertinemment que je ne voulais pas le garder. J’ai l’impression que toutes les personnes que j’ai rencontré savaient que j’étais sûre de ça, car normalement on doit voir un psychologue pour la prise de décision, il y a des délais de réflexion etc. Mais bon, j’ai eu de la chance de tomber sur un corps médical hyper compréhensif, rassurant, et qui ne me jugeaient pas, au contraire !!
Elle m’explique la procédure de l’ivg médicamenteuse : je peux la faire en clinique ou chez moi. Je lui dis que je préfère la faire à domicile. Elle me rassure, me dit qu’il n’y a pas de quoi avoir peur, qu’il y a peu de risques, mais qu’il faut quand même que je puisse avoir accès rapidement à l’hôpital en cas de complications.
Elle me dit que je dois faire l’échographie et la prise de sang pour que l’on soit sûre que je sois enceinte, pour savoir la date, et être sûre qu’il s’agisse bien d’une grossesse intra-utérine et non extra-utérine, sinon : complications, pas besoin d’avorter car dans tous les cas, on ne peut mener cette grossesse à terme. Je sors, rassurée. Si on nous dit qu’on peut faire un avortement seul à domicile, c’est que ça doit être supportable comme douleur.

Echographie n°1 : Présence d’un potentiel sac gestationnel, mais sans présence de vésicule.

15h : Je fais l’écho, le gars est hyper gentil, il me laisse insérer la sonde moi même. Il savait directement que je ne voulais pas le garder, il ne m’a pas jugé, et il m’a dit qu’au vu de l’échographie, c’était ok pour l’IVG. Effectivement, on aperçoit un sac gestationnel (mini poche dans l’utérus) mais qui ne contient pas encore de vésicule (d’embryon) à ce stade de la grossesse. Il confirme que je suis bien à 4-5 SA. En gros, c’est un sac qui se forme pour ensuite accueillir l’embryon, je suis bien enceinte. (Oui parce qu’au fond de moi j’avais toujours espoir que le test se trompe). L’écho ne m’a pas traumatisée, ne m’a rien fait, le sac est tout petit, quelques millimètres à peine, et il n’y a même pas encore d’embryon.

16h30 : Prise de sang. On me demande la raison, j’explique que je suis là pour savoir si je suis enceinte.

« Félicitations« 
Waw. Et là ça fait tilte, des personnes auraient été heureuses d’avoir cet enfant, et moi c’est tout le contraire. Je commence à culpabiliser.

C’est tout à fait normal de dire ça, et pourtant… Et c’est là où je me suis rendue compte, que si j’attendais 9 mois, j’allais VRAIMENT avoir un mini humain qui sort de mon corps. Que c’était vraiment réel, pendant une minute je me suis dis « Imagine je le garde? » mais je suis vite redescendue sur terre, non non c’est impossible. Je pense que ça a été mon seul vrai moment de doute. Je lui dis que je ne veux pas le garder (sans aucune gène et sûre de moi), elle s’excuse et se sent hyper mal la pauvre. Mais aucun jugement. Vraiment j’ai eu de la chance de ouf de tomber sur des personnes hyper compréhensives tout le long ! Rapidement, dans les jours qui suivent je ne sais plus quand exactement, j’ai les résultats, qui reconfirment le diagnostic. J’envoie l’échographie + les résultats de la prise de sang à ma gynéco qui me dit :

« On ne voit pas la vésicule, on ne peut pas faire l’IVG maintenant, il se peut que ce soit un œuf clair (en gros que l’embryon ne se pointe jamais et que j’expulse naturellement = fausse couche), ou que la grossesse soit extra-utérine. On refait l’échographie dans quelques jours, et on voit. »
-« Quoi, je dois rester encore des jours avec un corps étranger qui pousse en moi ?« 

Vous êtes entrain de me dire que je n’ai que 2/3 semaines pour faire une IVG médicamenteuse, mais que je dois attendre quelques jours pour refaire une écho alors que là je suis clairement enceinte, et que dans tous les cas je veux le faire expulser ?

L’avant : Une attente interminable

L’attente. Faire comme si de rien était. Aller en cours, en sachant, qu’on a un truc, certes minuscule, qui pousse dans le bide. Vraiment, je pense que c’était la pire chose. Faire genre devant mes parents que tout va bien. J’étais tellement désespérée que j’ai même cherché sur internet des possibilités d’avorter seule, par méthode naturelle. « Comment déclencher une fausse couche », « avortement naturel » …
Le temps passe, j’ai vraiment du mal à rester toutes les journées en cours, psychologiquement je trouve que c’est vraiment le plus compliqué cette attente. Je n’ai qu’une hâte : que cet avortement se fasse et que tout ça soit fini. Je suis à deux doigts de craquer, je sors à la fin du cours, je vais voir la directrice pédagogique de mon école et lui demande si je peux lui parler en privé. Elle voit que je tremble, que je me retiens de pleurer. Je lui explique que je suis enceinte, que je vais avorter, que c’est dur pour moi d’assister à tous les cours psychologiquement, que je vais avoir plusieurs rendez-vous, et qu’en attendant l’intervention, j’ai peur de dépasser les 18h de volume maximum d’absence autorisées par l’école. Elle est hyper compréhensive, mais VRAIMENT. Elle me dit que je n’ai pas à m’en faire, que ça va rester confidentiel, que je n’ai qu’à lui envoyer un petit mail quand je sens que je ne peux pas assister à un cours et elle excusera mes absences. A-do-rable. Quelques jours s’écoulent, je n’ai pas encore de nausées heureusement, parfois j’ai le ventre hyper gonflé et hyper dur, je prends des seins, mais franchement à part ça, tout va bien (physiquement). Mentalement, c’est autre chose, je craque hyper souvent, les réveils sont compliqués car ce sont des gros « retours à la réalité » pas forcément agréables… Cette sensation de se réveiller le matin et de se rendre compte que c’est la réalité c’est vraiment très compliqué.

Echographie n°2 : Le sac gestationnel a un très peu grossi, toujours aucune trace de vésicule.

J’ai changé d’échographiste entre la première et le deuxième échographie. Je suis revenue à la toute première, qui s’occupait de moi pour savoir si je pouvais faire la pose de DIU ou non. Une crème cette dame, vraiment adorable. (D’ailleurs, si vous recherchez une sage-femme/gynéco et une échographiste en Ile de France, je vous recommande les miennes mille fois.)
Elle ne faisait que me rassurer, elle m’a même dit « J’aime bien les patients comme toi ». Elle ne m’a en rien juger sur ma décision, on se sent hyper soutenue. Je rends les résultats à ma Gynéco.

« Bon, il a peu grossi, toujours aucune trace de vésicule même si la grossesse est bien intra-utérine. Il se peut qu’il s’agisse d’un œuf clair et que vous l’expulsiez naturellement dans les jours qui viennent. Pour savoir si la grossesse est évolutive ou non, il faut refaire une prise de sang dans quelques jours, voir si le taux d’hormones à doublé. Si non, c’est non évolutif. On refait une échographie dans quelques jours. »

Je suis hyper heureuse sur le coup, du bonheur mêlé à une frustration d’avoir encore à attendre. Mais peut-être vais-je faire une fausse couche naturelle dans les prochains jours ! Peut-être que je n’aurai pas besoin d’avorter ! Peut-être que la grossesse est non évolutive ! C’est super ! Mon corps aurait-il compris mon désir de ne pas garder cet enfant ?
Pendant les jours qui suivent, je suis plutôt confiante. J’espère que c’est la grossesse n’évolue pas, que c’est vraiment ça, car il ne me reste plus beaucoup de temps avant que l’IVG médicamenteuse ne se transforme en IVG chirurgicale.
Je refais la prise de sang… le taux d’hormone a bien doublé…. Putain.

Echographie n°3 : Le sac gestationnel fait maintenant 2 cm, et on y voit un mini embryon. La grossesse est bien évolutive.

Vous imaginez mes émotions faire les montagnes russes en l’espace de quelques jours : Je vais avorter je suis enceinte, ah il faut attendre parce qu’on est pas sûr que ce soit intra-utérin, ah la grossesse est peut-être non évolutive je ne vais pas avoir besoin d’avorter, ah en fait si elle est bien évolutive. Je savais que ce n’était pas sûr, mais merde quoi.
A ce moment, je n’en peux plus, alors oui c’est cru, mais c’est ce que j’ai ressenti : j’avais vraiment envie de l’arracher de mon ventre, car d’avoir cette chose qui évolue et se développe en moi, ça m’était insupportable.
On se ressaisit, je ne perds pas de temps, la grossesse est évolutive, intra-utérine, je peux enfin avorter, on est mardi. J’envoie les résultats à ma gynéco/sage-femme qui me réponds : « C’est ok pour l’IVG. RDV demain 13h« 

Pendant : L’avortement

Plus de deux semaines se sont écoulées depuis que je suis au courant du mini être qui pousse dans mon ventre, et d’ailleurs je commence à avoir des nausées ces derniers jours. L’IVG tombe à pique, surtout qu’il ne me reste même pas une semaine avant le passage à l’IVG chirurgicale. Heureusement que l’avortement se fait aujourd’hui. Je suis soulagée et hyper stressée en même temps, surtout en ayant lu sur divers forums que parfois, la grossesse restait évolutive malgré l’IVG, que ça pouvait ne pas fonctionner. J’ai beaucoup de soutien de mon copain, qui sera là pendant toute la durée de mon avortement. Le soutien également de mes amis à qui je l’ai dit, et d’une fille sur twitter qui a également fait un avortement et qui m’a é-nor-mé-ment aidée (merci encore d’ailleurs).
Ma sage femme me réexplique la procédure, je signe le papier qui stipule que si l’IVG ne fonctionne pas, je m’engage à tenir ma grossesse à terme (je n’ai d’ailleurs pas compris pourquoi je devais signer ce truc???). Je demande à ma sage-femme, qui me dit « non mais une fois le processus commencé, si la grossesse est interrompue, même si ça ne s’expulse pas, on fait l’opération pour l’enlever hein. »
On est mercredi : je prends le premier médicament dans son cabinet: celui qui interrompt la grossesse. Puis je rentre chez moi directement après l’avoir pris. Pour le reste je ne peux pas faire ça chez moi, je vis encore chez mes parents. Chez mon copain, aller. Même s’il vit chez ses parents, la maison est grande, et je resterai dans sa chambre.

« Il se peut que vous ayez des saignements ou des douleurs le lendemain du premier médicament, ou aucun symptôme, cela dépend des personnes. Le premier médicament, vous le prenez maintenant, devant moi. Et je vous passe les 4 prochains médicaments qui déclencheront l’avortement : à prendre vendredi. Deux à 8h00 du matin, les deux derniers à 10h. Vous aurez des contractions car cela déclenche l’ouverture du col de l’utérus comme à un accouchement, il se peut que vous tombiez dans les pommes, certaines personnes ont des douleurs atroces, d’autres simplement similaires aux règles. Vous allez expulser l’œuf, qui sera éjecté sur votre serviette hygiénique ou dans les toilettes selon les conditions du moment. Il ne faut pas vomir les médicaments car ils peuvent perdre leurs effets. Attention : vous allez beaucoup saigner. Prévoyez des grosses serviettes, si vous vous changez 2 fois par heure pendant plus de deux heures d’affilées c’est une hémorragie : il faut vous rendre aux urgences. Généralement ça se passe bien, je vous préviens juste des éventuels risques, il est rare que ça ne fonctionne pas : 5%. (c’est énorme putain). Vous pouvez prendre un Antadys 30 minutes avant 8h00, puis des nurofen/spasfon si les douleurs sont trop intenses. Vous allez saigner abondamment pendant 10 à 20 jours suivant l’avortement. A la fin des saignements, vous devrez faire l’échographie de contrôle pour voir si tout a bien été expulsé, et pour s’assurer qu’il n’y ait pas de débris. Nous, on se revoit dans un mois, à la visite de contrôle. Les filles qui ont des règles douloureuses et des saignements abondants ressentent plus de douleurs pendant l’avortement, enfin ça dépend. »

Ok. J’ai jamais eu de règles hyper douloureuses, ni abondantes, ça me rassure un peu.

L’après midi du premier médicament, je suis chez moi, rien ne se passe : tant mieux. Le lendemain non plus, je m’inquiète un peu, est-ce que le premier médicament a fonctionné ? Est-ce que ma grossesse est interrompue ? Je regarde sur internet, c’est écrit partout que les filles avaient des saignements après le premier médicament. Bon. Tant pis, ma gynéco m’a dit que certaines femmes ne ressentaient rien après le premier médicament. On verra bien ce qu’il se passe avec les autres. Après tout, ça a juste arrêté la grossesse, ça n’a pas déclenché l’expulsion. J’envoie un sms à ma gynéco pour la tenir au courant, et je lui demande si c’est possible de dormir pendant l’avortement ? Si je prends les médocs à 8h et que je me rendors, je ne sentirai rien ?
(Ca peut paraître débile, mais on se pose un tas de questions plus ou moins connes, tout ce qui peut nous permettre de passer vite cette étape et d’avoir le moins possible de douleurs est bon à savoir) « Vous ne pourrez pas dormir, vous allez avorter. » Oui bon JE SAIS. Mais peut-être que… bref.

J’étais équipée : Serviettes hygiéniques, couches pour adultes (Oui parce que j’avais lu partout que c’était beaucoup plus efficace que des serviettes, surtout pour la nuit, vu ce que j’allais rejeter), Antadys, Vogalib, Spasfon, Nurofen, le papier expliquant le processus de l’IVG, compote de pomme, bouteille d’eau, bassine (au cas où) et serviettes de bain (j’étais chez mon copain je ne voulais pas tacher les draps la nuit)

Pendant : L’expulsion

Le vendredi :
Reveil 7h30 : je prends un Antadys. Je me rendors.
Reveil 8h00 : à peine réveillée, je prends les deux premiers médicaments. Je suis hyper stressée, surtout après tout ce que j’ai lu sur internet… Ce sont 2 médicaments à faire fondre dans les joues, donc ça agit hyper vite. J’essaie quand même de me rendormir. 10 minutes plus tard : je commence à me tordre dans tous les sens car j’ai des contractions. Honnêtement, ça fait mal oui, un peu plus mal que les règles oui, mais je m’attendais à pire.
(Aujourd’hui, je trouve que la pose du DIU a été plus douloureuse) Peut-être grâce à l’Antadys ? Et surtout, le fait de se dire qu’on a des contractions POUR expulser, bah ça aide grave à supporter en fait. Ce n’est pas une douleur sans objectif, donc plus t’as mal, mieux c’est au final, car c’est que l’expulsion commence. Sur le moment, je ne m’attarde pas trop sur la douleur, parce que j’étais occupée à autre chose : NE PAS VOMIR. Les contractions, c’est une chose, mais il faut gérer : le mal de tête, les vertiges, l’angoisse, les nausées, et l’envie horrible de « pousser » (expulser l’œuf + faire caca hein en gros), et les saignements qui viendront ensuite. Pour moi les nausées, c’était le pire, car à peine 10 minutes après la prise, mon corps rejetait déjà le médicament. Je me retiens au maximum, mais c’est plus fort que moi, je vomis un tout petit peu… Merde, j’espère vraiment que ça ne va pas annuler l’effet des 2 médicaments. Je prends rapidement un Vogalib. Je fais des allers retours aux toilettes, l’envie de pousser, mais rien ne sort (à part une diarrhée…). Les saignements commencent.
10h00 : Je prends les deux derniers médicaments et un nurofen. Les contractions sont stabilisées, mais pendant les deux heures il y avait des « piques » assez violents, maintenant ça ne s’amplifie plus. Cool ? Merde ? Comment ça se fait ? Rien n’est encore expulsé ! Et le nurofen n’a même pas encore fait effet.
Je n’ai plus envie de vomir. Mais toujours mal au ventre, je suis faible, j’ai toujours cette envie de pousser, j’essaie, en vain. Les saignements s’intensifient eux par contre, je mets ma couche, j’ai peur de faire une hémorragie.
Il est 10h30 du matin, je suis seule avec mon copain dans sa chambre, sans corps médical pour m’aider à y voir plus clair et à supporter tout ça. Mon copain se sent impuissant face à la situation. J’avoue que c’est pas le meilleur des moments, mais bon honnêtement c’est pas le pire non plus.
12h : je vais une énième fois aux toilettes, je pousse, j’entends un « poc » et je sens comme quelque chose sortir (hyper léger hein). Je vais parler très cru : sur le moment, je ne sais pas si c’est l’œuf ou un énième caillot de sang. On m’avait dit qu’il était possible que je ne sache pas si j’ai expulsé ou non, que je pouvais ne rien sentir, ou confondre, et que l’œuf pouvait se fondre dans mon sang, donc que je ne puisse pas le voir pour vérifier. Mais je regarde quand même dans les toilettes… Entre le PQ, les saignements, et mes affaires, impossible de distinguer quoi que ce soit. Je crois apercevoir une petite boule translucide, mais je ne suis sûre de rien… (Aujourd’hui, je pense finalement que c’était ça)
Je sors des toilettes, et finalement plus le temps passe, plus mon état s’améliore (en même pas quelques minutes/heures). Les contractions sont moins présentes, les saignements s’affaiblissement (c’est encore abondant, plus que des règles, je sors toujours glaires et caillots de sang ÉNORMES, mais c’est moins qu’au début), et plus d’envie de pousser. Je refais ma vie normalement, je mange, je suis sur mon téléphone, je rebouge, je rigole, je me lève, je me surprends à passer de bons moments comme si de rien était, et même si je suis faible je n’y pense déjà quasiment plus. Je me surprends même à me dire « Tout ça pour ça? »… Tout le week-end je suis fatiguée, mais je vais très bien. La semaine qui suit, je retourne en cours, tout va pour le mieux. Les saignements dureront pendant environ 20 jours, mais rien d’alarmant. Bref : je vais très bien et ce n’était pas si terrible que ça, en à peine quelques heures, c’était fini.

Je me rends à mon échographie de contrôle. Il y a quelques détritus restant, je pensais qu’il fallait faire un curetage mais non, les détritus s’en iront durant les prochaines règles. Super.

Finalement, l’IVG s’est plutôt bien passée, je n’ai pas eu de complications, j’ai eu la chance de tomber sur des professionnels compétents et qui ne me jugeaient pas (je sais que ce n’est pas toujours le cas). Je le répète mais je ne banalise en rien l’acte, et je ne le minimise pas malgré mes propos parfois crus. C’était simplement mes vrais ressentis sur l’instant.
Donc, on peut très bien passer au dessus, ne même plus y penser, et très bien aller seulement quelques minutes après la fin l’acte. Par ce témoignage, je cherche à déculpabiliser et à rassurer les personnes en détresse : bien sûr qu’il peut y avoir des complications, mais la plupart du temps, ça se passe bien et surtout, nous n’avons pas à regretter notre choix. Ne culpabilisez pas d’aller bien et de ne pas regretter. Nous sommes dans notre droit, c’est notre corps, notre décision. 
Et pour les personnes qui s’apprêtent à avorter : Ne vous inquiètez pas, tout va bien aller. 

Libra-toi

2 commentaires sur “Les témoignages positifs sur l’IVG : ça existe.

  1. Merci à toi de partager ton ressenti face à la situation. Il est vrai que le web propose surtout des scénarios catastrophiques et pas toujours bien renseigné sur la manière dont se passe l’intervention, plutôt l’opposition du corps médical.

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